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Etudiante en médecine et déjà sur le terrain

Etudiante en médecine et déjà sur le terrain

Lisa Quarteroni, étudiante de 21 ans en troisième année de médecine.

« Une société sans la santé, c’est une société à l’arrêt. » Voici l’expression utilisée par Lisa Quarteroni, étudiante de 21 ans en troisième année de médecine en pleine crise sanitaire de la Covid-19. Rencontre avec une apprenante au cursus universitaire bouleversé.

Institut de Cancérologie du Gard, à deux pas de la faculté de médecine et du CHU de Nîmes. Lisa Quarteroni attend les patients et leurs accompagnateurs pour établir un diagnostic à l’entrée du bâtiment. Elle s’était portée volontaire les 2 et 3 décembre derniers pour aider le personnel hospitalier réquisitionné dans les services touchés par le virus pendant le confinement. Car comme dans de nombreux centres médicaux en France, les externalités de la Covid-19 submergent les effectifs disponibles.

Son rôle est apparemment simple : « filtrer les différentes demandes, noter les éventuels symptômes mais aussi… décourager l’entrée des accompagnateurs trop fragiles. Tout n’est pas toujours formel et on navigue un peu à vue », explique l’étudiante avec amusement. Un sourire qui peut parfois se crisper quant à l’emploi du terme « volontariat ». En effet, aucune rémunération n’a été prévue pour ces centaines de jeunes dotés d’une, deux ou trois années d’expérience et de connaissances multiples. Une juste récompense qui aurait pu remplacer les rares heures de temps libre normalement vouées à la révision des cours et des partiels, eux aussi chamboulés.

Des inégalités entre étudiants en médecine

Lisa constate aussi « l’altération de la qualité de l’information donnée. Comme beaucoup d’étudiants, je n’ai plus de cours en présentiel. Je n’ai pas non plus de pratique à l’hôpital ou en salle spécialisée. La motivation est en berne et nous n’avons accès à aucun matériel pour pouvoir s’entraîner ». Une inexpérience problématique pour de futurs pratiquants et surtout frustrante pour les étudiants. Les inégalités se creusent alors davantage entre les élèves d’une même promotion, suivant l’année d’étude ou encore la faculté elle-même. « J’ai trois stages de cinq semaines à faire cette année.« 

Mon premier s’est déjà annulé en novembre à cause de la Covid-19. Ce n’est pas le cas de l’autre moitié de la classe qui avait pu le terminer en octobre », se désole-t-elle. Le bât blesse lorsque la faculté remet le couvert ce mois de janvier avec les mêmes étudiants en premier et les autres, le mois prochain. Si troisième vague il y a, de nombreux étudiants devraient encore se sentir lésés… Tandis que certaines promotions ou d’autres facultés bénéficient du décalage de leur stage ou d’une réquisition totale.

L’hôpital vu de l’intérieur au temps de la COVID-19

Retenir toutes les statistiques traitant de la situation sanitaire est une chose. Mais voir et agir dans l’urgence en est une autre. « En vivant quotidiennement dans cette sphère médicale, on a l’impression que les informations circulent beaucoup plus lentement à l’extérieur de l’hôpital. Dès septembre, on savait déjà que nous allions être reconfinés et subir une seconde vague », témoigne Lisa. Plusieurs sections se sont spécialisées pour les patients « COVID » et la pression reste permanente.

Les cours se sont ainsi adaptés à la situation avec un chapitre d’infectiologie générale. Il est développé sur le nouveau type de coronavirus au premier semestre. Cela leur sert pour « en apprendre encore et avoir la vision scientifique la plus juste possible pour en parler entre nous, mais aussi avec les gens qui nous entourent », poursuit-elle. Ce n’est pas tout puisque la faculté et le CHU de Nîmes restent transparents et restituent les chiffres exacts concernant la Covid-19 dans leurs établissements. Une source d’information sûre et trop peu diffusée (ou entendue ?) qui ne laisse pas de place au doute. La sortie de crise est encore loin…

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Personne ne peut se réjouir de l’arrivée de cette épidémie mondiale mais le milieu médical en tire une nouvelle forme de reconnaissance. Lisa s’empresse alors de répliquer plus personnellement sur l’aspect déstabilisant de cette période : « J’ai les clés pour comprendre ce qui se passe, physiquement via l’hôpital mais aussi grâce aux cours et aux connaissances précises qu’ils m’apportent. Nous sommes tous (les étudiants en médecine) bien renseignés sur des sujets tels que le vaccin et son fonctionnement, ses tests, ses variances etc. Les gens nous prennent au sérieux et cela me pousse à continuer dans cette voie. Je suis passionnée ».

Tout n’est cependant pas rose et la situation reste « assez anxiogène car tout ne tourne plus qu’autour de ça et c’est impossible d’en sortir puisque tous les services sont plus ou moins affectés par la Covid-19, les médecins en charge de nos stages n’ont plus de temps à nous consacrer »… Et cela touche aussi bien les patients, retenus isolés dans leurs chambres, que les soignants. « J’ai raté tout un cours au premier semestre car les intervenants du service en question avaient tous attrapé la Covid-19 ! », termine l’étudiante. Un contexte finalement favorable à la réforme des cycles de médecine dévoilée par le Gouvernement à la rentrée, visant notamment à revaloriser le salaire des stagiaires en médecine.

Les chiffres du CHU, le 6 janvier 2021 :

  • 97 appels Covid au SAMU
  • 2 lits de réanimation disponibles
  • 108 tests PCR positifs
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