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La précarité n’est pas un rêve de gosse

La précarité n’est pas un rêve de gosse

Retrouvez toutes les semaines, quatre billets d’humeur qui traitent de l’actualité de manière un peu philosophique, avec de la poésie si vous voulez la trouver, et écrit avec la passion d’un jeune artiste. Bref, voici mes pensées un peu mieux organisées, pour un nouveau sujet sur la précarité chez les jeunes !

Traiter de la précarité oui, mais comment le faire avec légèreté ? Tant de larmes, tant de nœuds à l’estomac, sans oublier toute l’encre versée, et les personnes oubliées par la plume qui n’avait plus de place pour toues les citer…

J’ai peut-être trouvé ! Mais comment l’exprimer, un mac sur les genoux et un petit expresso au lait sur le côté ? 

Commencer par une définition

La précarité, c’est la plupart du temps dans les poches que ça se passe. Quand on n’a pas de poches, c’est soit qu’elles sont trouées par le temps et l’usure. Soit parce qu’on a un pantalon Chanel, dont le styliste a oublié que même les plus aisés avaient besoin de mettre leurs clefs quelque part ! Et je dois avouer que lorsque je vois ça, ça m’énerve ! Pour le prix du pantalon, ils auraient pu trouver un système de poche avec téléportation des objets. Histoire d’avoir tout son appartement dans le fute quand on en a les moyens. 

Mais bon, entre nous, c’est plus léger de porter ses clefs à la main que trois coquillettes dans l’estomac. 

En ce qui me concerne, je souhaite aujourd’hui parler de toutes les autres formes de précarité qui gravitent autour de notre génération. Et plus je cherche, plus j’en trouve. Et plus j’en trouve, plus je m’y vois. 

À en croire l’encyclopédie numérique plus ou moins reconnue, du nom de Wikipédia, « la précarité est une forte incertitude de conserver ou récupérer une situation acceptable dans un avenir proche ». 

Le manque d’objet précis dans cette phrase m’a surpris. Et quelque part, m’a fait comprendre que la précarité recouvrait bon nombre de sujets, et me permettrait alors d’explorer tout un tas de situations.

Et aller au-delà 

Je suis là, dans le métro, direction le seul cours en présentiel du mois. Quand tout à coup, alors que mes yeux étaient verrouillés sur cette vidéo de croque-monsieur sucré au Kit-Kat et au Daim, un message s’affiche. Ce n’est pas ma grand-mère qui me souhaite une bonne journée. Ou mes parents qui me demandent un document pour la troisième fois de la semaine. Nan ce n’est pas ça, car ce message s’affiche en plein milieu de mon écran. Il est donc plus important que tout le reste. Ce message, « 10% de batterie restante », me coupe le souffle. Et effectivement, hier soir (ou plutôt ce matin), m’endormant devant une vidéo d’un homme qui a essayé de se faire manger par un Anaconda, je me suis écroulé de fatigue. Le téléphone n’était donc pas branché. 

Tout s’alignait, j’étais dans une situation « de forte incertitude de conserver ou récupérer une situation acceptable dans un avenir proche ». Ma seule issue, ce petit bouton « ok ». Mon Huawei P30 ne se rechargeait donc définitivement pas lorsque je marchais. L’ingénieur responsable du projet n’aurait donc pas pu mettre une manivelle comme sur les lampes Décathlon ? Certes, elles font plus de bruit que de lumière, mais là au moins, on nous offre le choix d’agir. 

C’est après un long temps de réflexion, et trois arrêts plus tard, que cette phrase m’est venue « heureusement que je ne me trouve pas au plein milieu d’un désert… ». Mais quelque part, comment aurais-je pu me retrouver au milieu d’un désert alors que je n’étais même pas conscient de me trouver dans ce métro?

À ce constat, j’ai eu petit sourire en coin en regardant le sol. Ce qui a fait sursauter la personne en face de moi. Il a dû me prendre pour un fou à sourire comme ça. Il retourna derrière son écran au moment où nos regards se sont croisés.

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Pour laisser les habitudes 

Il est temps de parler de toutes les autres formes de précarité. Puisqu’à défaut de ne pas pouvoir agir sur toutes, on peut participer à en réduire certaines. Et je crois que malgré le fait qu’il soit à la rue et un peu saoul, Hervé et son panneau, ont sut me donner une autre possibilité que ce simple bouton « ok ». J’ai suivi son conseil. Je lui ai donné une pièce. Et en plus, j’ai appliqué son autre demande, je lui ai souri « pour réchauffer les cœurs » comme il scandait dans toute la rame. Lui aussi, ses batteries étaient faibles. Mais l’espace d’un instant, il avait peut-être l’occasion de vivre autre chose, que ce simple bouton « ok ». Il y avait là autre chose. Dans un regard, dans une main tendue, à travers une pensée, l’espace d’un instant, une voie s’offrait à lui. Et heureusement qu’il portait son masque sur une oreille, pour que mon souffle s’arrête une seconde fois, lorsqu’au creux de sa joue, s’est élevé un léger sourire. C’était une émotion, un peu de carburant pour la route. 

Et j’ai continué à sourire. Alors que toutes les photos de famille me prouvaient à quel point c’était une mauvaise idée. Mais bon, c’est l’occasion. Et quand une seconde fois mon voisin d’en face leva la tête sentant comme une présence le regarder, il me sourit à son tour, avant de courir vers les portes en titubant. Le tout en manquant de louper son arrêt, et de coincer son sac entre les deux portes du wagon. Je crois qu’à ce moment-là, le hasard avait oublié de monter dans le métro.

Je n’aurais d’ailleurs jamais vécu tout cela, si par je ne sais quel miracle, l’ingénieur du Huawei P30 avait mis une dynamo derrière mon écran et que j’avais un pantalon Chanel avec une poche révolutionnaire.

Et laisser reparler le gosse

La richesse change parfois de camps. Et même si lutter contre la précarité des habitudes ne changera pas le monde et la véritable pauvreté. Elle donnera l’espoir que quelque part, quelqu’un, quelque chose, nous donnera envie de ne plus charger son téléphone pour enfin regarder et comprendre. Et un jour peut-être, enfin conscients de la beauté d’un élément, nous nous battrons pour préserver cette beauté, et la partager aux plus précaires, quel que soit l’état de leurs poches.

Je n’ai jamais rêvé de passer 4h30 par jour sur mon téléphone. Quand j’étais petit, je voulais devenir écrivain. Alors triste de la pauvreté de mes journées, je vous écris aujourd’hui. Pour enfin guérir la plaie que mes habitudes ont creusées. À ces mots, je suis riche d’émotions. Et j’espère qu’à la fin de ce long article, votre téléphone aussi sera déchargé… S’il vous reste de la batterie, vous pouvez retrouver un autre de mes billets d’humeur.

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