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20 ans et déjà pompiers : comment gérer ?

20 ans et déjà pompiers : comment gérer ?

jeune homme blond en uniforme de pompier les bras croisé à l'arrière d'un véhicule de secours.

Philippe Mazmanian, Thomas Alliot et Marion Pais se sont tous les trois engagés comme pompiers volontaires avant leurs 20 ans. Si le premier a maintenant plus de 30 ans d’expérience, les deux autres doivent faire face aux défis imposés par cette activité malgré leur jeune âge. Des défis qu’ils relèvent avec envie, et avec un seul mot d’ordre : donner de soi.

Être pompier volontaire, pas de doute, c’est un challenge. Et encore plus lorsqu’on s’engage à un jeune âge. C’est le cas de Thomas Alliot, 21 ans, sapeur-pompier 1ère classe. Arrivé en région lyonnaise pour ses études d’infirmier, il a rejoint la caserne de Tassin-la-Demi-Lune en janvier 2019. Ce Parisien d’origine avait débuté les jeunes sapeurs à l’âge de 13 ans ! L’envie de s’engager vient d’une passion qu’il a depuis tout petit : « Je passe tous mes étés en Corse près d’une caserne. Dès que j’ai su marcher, je me dirigeais vers les camions rouges. Dès que j’ai pu m’engager, je l’ai fait. Pendant trois ans chez les jeunes sapeurs-pompiers, on suit donc un cursus où on se retrouve toutes les semaines, avec des formateurs professionnels ou volontaires ».

jeune homme blond détaillant le contenu d'un véhicule d'intervention.
Thomas doit pouvoir intégrer n’importe quel véhicule en intervention.

Et sauver des vies, c’est beaucoup de savoir-faire. Son rôle au sein de la caserne est en effet celui « d’équipier tout engin ». Thomas doit pouvoir intégrer n’importe quel véhicule en intervention, peu importe laquelle. Secours à personne, incendie, secours routier…  « Tout cela de façon volontaire, puisque à la base ce n’est pas notre activité ». Pour le jeune homme, il faut donc de la disponibilité et organiser ce travail avec son autre vie professionnelle et sa vie privée : « Tout est une question de volonté personnelle ».

Être pompier volontaire, comment cela fonctionne ?

La caserne de Tassin-la-Demi-Lune est une caserne à départ immédiat. Cela signifie que des pompiers sont postés : ils sont présents 24h/24 pour assurer les interventions. S’ils ne sont plus assez nombreux pour les assurer, ils appellent en renfort ceux marqués disponibles à ce moment-là. Quand les pompiers volontaires s’organisent, ils savent qu’ils ont des gardes postées prévues au moins un mois à l’avance et qui se déroulent de 7h à 19h, ou de 19h à 7h. Ils peuvent en plus se rendre disponibles en astreinte en complément si nécessaire, en restant chez eux. Ces astreintes sont réparties entre tous les pompiers volontaires, mais plus on donne de son temps, mieux c’est ! Ceux-ci donnent ainsi au moins dix disponibilités sur le mois, qui leur sont ensuite attribuées. Les pompiers de la caserne de Tassin sont environ 30% de professionnels et 70% de volontaires.

Donner de soi, mais surtout donner de son temps

Une volonté personnelle avant tout. C’est ce que confirme Marion Pais, 23 ans, caporale depuis seulement quelques jours. Engagée en 2017, elle était aussi passée par les jeunes sapeurs-pompiers de Pierre-Bénite dès ses 13 ans. Aujourd’hui infirmière, elle a longtemps dû conjuguer ses études avec son volontariat : « c’est une organisation, même si tout n’est pas toujours facile ». Et pour cause, les journées de garde sont parfois longues : « On arrive vers 6h30, on prend la garde à 7h. Une journée-type dure 12 heures », décrit-elle. La journée prend fin à 19h, « et c’est très long quand ça ne sonne pas pour une intervention ! » s’exclame la jeune femme.

Lors de ses études, elle prenait souvent ses disponibilités le week-end, qui étaient ses seuls jours de repos. « C’était parfois compliqué de faire mes devoirs. On sacrifie des repas de famille ! Au niveau relations, on se coupe un peu, mais à la caserne on garde un lien social très fort. »

jeune femme brune souriante en tenue de pompiers à l'intérieur d'un véhicule de secours.
Marion est aujourd’hui infirmière à côté de son activité de pompier volontaire.

« Quand on est jeune, on passe par des phases de doute »

Mais alors peut-on parler d’un sacrifice personnel ? « Cela dépend de la façon dont on voit les choses. Il y a toujours une part de sacrifice dans un engagement », réfléchit Thomas. « Selon moi, quand on est déterminé à s’engager, il faut forcément mettre de côté des parts de sa vie au niveau familial, au niveau d’autres passions… ». Mais pour lui, tout cela reste un choix : « On doit adapter notre vie d’à côté, l’organiser. C’est avant tout un plaisir de venir à la caserne. Et quand on veut aider les gens il faut que ça le reste. Il faut que ça soit une envie et non une contrainte, il faut vouloir progresser, se remettre en question ».

Selon lui, il ne s’agit donc pas d’un sacrifice, « sauf sur le danger de la mission, qui, on le sait, existe, bien qu’il soit limité et anticipé. Contrairement à d’autres activités, où ce risque n’est pas forcément présent. C’est l’idée de se dire qu’on part sur une mission dans laquelle on peut ne pas revenir, mais c’est loin d’arriver tous les jours ! Donc pour moi, c’est un plaisir, et j’ai du mal à imaginer que ce ne soit plus le cas. Mais si ça devait arriver, l’envie est trop importante, et si je la perds en route, je me dirigerais vers d’autres horizons ».

Philippe Mazmanian, pompier volontaire, a 50 ans et s’est engagé à 18 ans. « Quand on est jeune, on passe par des phases de doute au fil des années », approuve-t-il. Philippe a aussi dû, lorsqu’il est rentré chez les pompiers volontaires, faire face à l’incompréhension de sa famille : « Ils m’ont dit : ah bon c’est un métier ? Tout le monde ne comprend pas. Le sacrifice, c’est le temps qu’on y consacre. On s’engage avant tout auprès de son équipe pour mieux servir la population ». Marion a elle aussi ressenti ce sacrifice dans la disponibilité qu’elle doit offrir à la caserne :  « J’ai déjà failli arrêter. Il y a des périodes compliquées où on fatigue , et puis la motivation revient ! »

homme dune cinquantaine d année devant des casiers de vestiaires rouges
Philippe Mazmanian a 32 ans de carrière chez les sapeurs-pompiers.

« L’adrénaline… c’est aussi ce qu’on cherche »

Et la jeune caporale ne compte pas arrêter de sitôt, car aider les gens est sa principale motivation. « Ça donne envie de continuer au fur et à mesure des années d’expérience, mais cela dépendra de mes projets d’infirmière ». Et justement, l’expérience acquise avec les sapeurs-pompiers compte beaucoup pour son métier. « C’est toujours appréciable la pratique sur le terrain, c’est très différent de l’hôpital ». La veille, la jeune femme est ainsi intervenue avec une équipe sur un arrêt cardiaque. « Il faut vraiment se mettre dans une bulle, se couper des cris, de la famille, essayer de gérer le travail pluridisciplinaire car la gendarmerie et le SAMU sont là aussi, de bien communiquer ».

Selon elle, il faut avant tout se concentrer sur sa mission : « c’est quelque chose qu’on apprend, et c’est pas évident. Certaines interventions peuvent être dures à encaisser, lors de décès par exemple. La famille me touche énormément, mais il faut essayer de garder la distance avec le drame, et se dire qu’on ne connaissait pas la personne pour mieux se protéger ». Quant à Philippe, après 32 ans de service, il ne souhaite pas raccrocher tout de suite. Mais il confie qu’il sera prêt à laisser sa place le moment venu : « Il faut avoir cette humilité, d’accepter qu’on n’est moins bon qu’avant. J’espère que j’aurais cette clairvoyance. J’ai formé plein de jeunes dans la caserne, et ce seront eux qui vont prendre la suite. Ce sera ma fierté. »

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D’après Thomas, le pompier doit avoir une véritable éthique ! « Il faut des valeurs humaines, de respect, d’altruisme et de discrétion ». « Et la condition physique qui est importante », rappelle Marion. Les pompiers ont d’ailleurs une salle de sport à disposition à la caserne. « On passe des sortes d’évaluations chaque année pour vérifier qu’on se maintient ! », confie-t-elle.

Et tous ces efforts ne sont pas vains, « même s’il ne faut pas attendre la reconnaissance des gens », poursuit Thomas. « Je ne fais pas ça pour avoir un merci, mais cela fait toujours plaisir et ça me conforte dans l’idée que je fais quelque chose d’utile, qui rend service. Encore hier, une dame est venue nous voir en nous remerciant. Cela nous motive. » Mais ce n’est pas tout : « l’adrénaline… c’est aussi ce qu’on cherche. Quand le bip sonne, on sent l’excitation qui monte ! Cela nous aide à nous mettre dedans, et à s’investir à 100% », s’enthousiasme Marion.

« Depuis mes 18 ans, notre relation avec la population a changé  »

Un engagement qui semble solide donc, et ce n’est pas les agressions récentes sur des pompiers en intervention qui le remettrait en cause. « Je n’ai pas vécu de violentes agressions, si ce n’est verbales. Aujourd’hui, il y a des secteurs davantage concernés par cette problématique là que d’autres. Pas à Tassin dans l’ensemble, bien que des collègues se soient déjà faits agressés », soutient Thomas. Mais cette réalité ne décourage pas le jeune homme. « Beaucoup plus de gens ont besoin de notre aide. Et puis des choses existent : on est en test de caméras individuelles. On les prend systématiquement en intervention, on a des protocoles et des formations pour apprendre à gérer l’agressivité, on se protège aussi toujours mutuellement … ».

Marion ne se verrait pas non plus relâcher son investissement pour cette raison, mais se pose tout de même des questions : « Ça fait mal au cœur de voir la vision que certains ont de cet uniforme, je m’interroge sur la façon dont on est perçus. Pourquoi on nous agresse alors qu’on vient donner de notre temps, de notre aide ? Pourquoi l’uniforme fait-il peur alors qu’il est censé apporter un secours ? Est-ce que l’Etat nous défend vraiment là-dessus, valorise notre image ? ».

Thomas confirme : « Je pense que nous représentons l’Etat, donc c’est un moyen de s’en prendre à lui indirectement. Mais on se demande toujours pourquoi nous ? On ne le mérite pas ». Pour Philippe, cet uniforme si contesté est pourtant une force. « Peu importe ce que vous êtes, d’où vous venez, ce que vous pensez… dès lors qu’on met une tenue, on est tous au même niveau ! ». Mais il confie néanmoins : « Quand je me suis engagé,  je n’aurais jamais pensé devoir un jour porter une caméra en intervention, voire un gilet pare-balles. Notre relation avec la population a beaucoup changé depuis mes 18 ans. On s’éloigne, je pense, de notre fonction première, celle d’aider les gens ».

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