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Inventer des parcours : le pari de l’école de la deuxième chance

Inventer des parcours : le pari de l’école de la deuxième chance

Une femme se tient debout devant une affiche publicitaire.

Présente depuis 2009 à Lyon, l’école de la deuxième chance s’est donnée une mission : proposer une alternative à des élèves exclus du système scolaire classique. Zoom sur cette école pas comme les autres. 

« Vous êtes des ratés. » Quel avenir lorsque l’on est le cancre de la classe ? Voir les portes se fermer une à une et encaisser les échecs ? N’existe-t-il aucune solution ? Non. L’école de la deuxième chance propose l’opportunité de réussir. Sous la houlette de Pascale Bouysset, cet établissement accueille des jeunes qui n’ont pas de diplôme en recherche de réinsertion professionnelle. « Notre objectif est d’accompagner ces jeunes vers un emploi. Notre programme sur 35 semaines permet à nos stagiaires de se remettre dans le bain et, plus important encore, de reprendre confiance en eux », explique la directrice de l’école. 

La spécificité de cet établissement réside dans son approche de l’apprentissage. Les cours comme on les connaît n’y sont pas dispensés. Sans qualification, les jeunes ont l’opportunité d’intégrer des formations gratuites et rémunérées en entreprise.

Sébastien Javon, le directeur adjoint et responsable des parcours, insiste sur « la démarche des jeunes qui viennent dans nos locaux. Notre rôle est d’initier une démarche globale de reconstruction. J’utilise le mot « global » car nous intervenons sur la confiance en soi, la culture générale et, principalement, la formation à un métier. »  L’école se veut être une réelle alternative « au mammouth institutionnel » qu’est l’éducation nationale. Le but est de ne laisser personne sur le bord de la route. 

« À l’école, on me rabâchait que j’étais un cancre »

Chaque année, l’école accueille pas moins de 200 élèves de 16 à 30 ans. Les jeunes sont suivis par un référent. Souvent redirigés par des missions locales, ils viennent pour une seconde chance que beaucoup considèrent comme leur dernière.

Kuarbi a 20 ans. Depuis le 24 août 2020, elle suit ce programme de réinsertion pour enfin trouver sa place. « J’ai arrêté mon bac pro cuisine à Limoges parce que je subissais des harcèlements. Je suis venue dans cette école pour me reconstruire et gagner de la confiance en moi. Et il faut reconnaître qu’il me reste du travail. » Après des stages de cinq jours en supermarchés, Kuarbi explique n’être « pas bien dans sa peau » et redoute « la relation client ». Passionnée de jeux vidéo, elle rêve d’en faire son métier.

À l’image de Kuarbi, tout n’est pas rose dans les différents parcours des jeunes. Sébastien Javon reconnaît qu’il est « difficile d’accepter que certaines personnes ne sont pas prêtes ». Ce programme de 35 semaines ponctué par des stages en entreprise n’est évidemment pas suffisant pour reconstruire une personne. Pascale Bouysset en a conscience. C’est pour cette raison que la directrice explique que l’école de la deuxième chance a mis en place « un suivi de 12 mois après avoir quitté l’école »

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Darius ne partage pas la timidité de Kuarbi. Comme le dit justement le jeune homme de 20 ans, « si je n’ai pas confiance en moi, personne ne le fera à ma place ». Après avoir trouvé un contrat d’alternance en restauration, ses « espoirs de vie stable » ont été balayés à cause de la Covid-19. « Pour l’instant je vois un échec quand je regarde ma vie professionnelle. Après trois années de galère, je suis là pour réussir et l’école m’a accompagnée dans ce projet en me trouvant des stages. »

Une école personnalisée pour chaque jeune

« L’adaptation est totale. » Comme le souligne Pascale Bouysset, toute la complexité de cette formation tient à l’hétérogénéité des profils. L’école s’est entourée de professionnels mais aussi de psychologues pour mieux comprendre les dossiers qui arrivent sur le bureau. Aujourd’hui, 61 % des jeunes sortent de l’établissement avec un contrat professionnel. La directrice se dit « fière de faire un métier qui a du sens ».

Plus de 1 500 jeunes en quête d’une deuxième chance sont passés par l’école située à Vaise. D’autres campus labellisés « école de la deuxième chance », comme celui de Marseille ou de Lille, accueillent beaucoup plus d’étudiants. L’école souhaite donc développer son accueil en doublant le nombre de places annuelles (400). Grandir tout en conservant son ADN : inventer des parcours de vie.

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